Les fantasmes sexuels, peut-on les réaliser ?

Les fantasmes sexuels, peut-on les réaliser ?

Que recouvre le mot “fantasme” ? Une conférence et une publication de Marine et d’Erick Dietrich.

Les rêves sont des images ou des pensées présentes dans votre sommeil, tandis que les fantasmes sont des images ou des pensées qui vous envahissent pendant la journée mais plus souvent dans la période crépusculaire d’avant le sommeil ou de la fin de nuit.
Les fantasmes comprennent toutes les idées, images, pensées ou sensations qui traversent votre esprit et votre corps quand vous êtes éveillés. Ils sont la représentation des désirs. Travailler dessus permet de les analyser, de les accepter, de les gérer et d’en comprendre la raison d’être. Le fantasme est un mécanisme de connaissance de votre psyché et de vos réactions face à la vie ; par conséquent, les comprendre c’est apprendre à vous connaître. Vos fantasmes sont des énigmes dont il convient de percer à jour la nature profonde au lieu d’en devenir le jouet plus ou moins complaisant. Les fantasmes, comme les rêves, font partie du matériel dont l’analyste va se servir dans la thérapie. Les fantasmes et l’imaginaire érotique peuvent aussi être utilisés comme outils dans certaines approches thérapeutiques (sexothérapie, hypnose, rêve érotique dirigé, fantasmothérapie, relaxation…). Les thérapeutes se servent des fantasmes dans le cadre thérapeutique, et ce depuis le temps où Messmer faisait vivre des abréactions spectaculaires à ses patients, où Charcot, à la Salpêtrière, observait les grandes convulsions des hystériques et où Moreno faisait faire à ses patients de savantes mises en scènes à travers les psychodrames. L’usage du fantasme en thérapie est possible car vous êtes dirigés par vos fantasmes, inhibés ou conditionnés par eux, ce qui se traduit dans beaucoup de vos comportements. Par ailleurs, les fantasmes permettent aussi de déceler votre niveau de maturation individuel. En thérapie individuelle ou de groupe, le lieu thérapeutique est un lieu d’expression des fantasmes. Le groupe de thérapie permet la rencontre entre les fantasmes de chaque patient, mais aussi entre ceux du patient et ceux du thérapeute.
Le fantasme est une activité biopsychique dont la finalité conditionne l’être. Il est, comme le rêve, un ensemble de représentations cryptées, mises en images, en provenance de votre inconscient et qui, en court-circuitant la censure, vous fait prendre conscience de vos désirs inconscients ou vous fait parvenir un message. C’est pourquoi, à partir de vos fantasmes, vous pouvez analyser vos désirs, vos souvenirs, vos traumatismes et surtout qui vous êtes. Les fantasmes, qui ne sont pas obligatoirement sexuels, se produisent quand vous êtes réveillés : rêveries diurnes, projets, réalisations artistiques, fantaisies érotiques. Les rêves, ainsi que les cauchemars, se produisent a contrario pendant votre sommeil. Si la toute-puissance et la pensée magique vous débordent, le fantasme va modeler le temps et la réalité extérieure à son image. Cette croyance s’illustre bien dans les propos de cette jeune femme qui vient d’accoucher et qui s’écrie en regardant SON bébé : « il est bien tel que je l’ai imaginé ». Le monde fantasmatique de cette jeune femme situe l’enfant non pas à la place qui est la sienne, mais à la place de l’Autre imaginaire.

A quoi sert le fantasme, quelles sont ses différentes fonctions ?

Gérard Mendel s’interroge pour savoir si le fantasme cherche, chez le très jeune enfant, à recréer la perception d’un objet extérieur qui a été à l’origine d’une satisfaction, ou bien s’il cherche à recréer un état précédant toute perception. Bien que la question soit d’importance, l’une comme l’autre fonction ne sont pas pour autant antinomiques. Nous pouvons d’ores et déjà dire que le fantasme a plus d’une fonction. Et nous pouvons, dans l’un comme l’autre cas, constater et accepter qu’il s’agit de la tentative d’accomplissement d’un désir sur le mode hallucinatoire.

Les fantasmes ont pour premier objet de créer un état de plaisir précédant toute perception ou tentent de recréer la perception d’un objet extérieur qui a été à l’origine d’une satisfaction. Ils ont pour second objet de vous protéger et de vous construire en mettant en place des éléments de différenciation. Toutefois, dans cette fonction protectrice il n’est pas rare de voir se profiler une attitude défensive. Par exemple, pour tromper un besoin de la réalité objective qui se présente et neutraliser les tensions qui en découlent, vous évoquerez les souvenirs de plaisir de l’ordre du “déjà passé ”, d’une réalité subjective. Ce mécanisme est mis en place pour leurrer la réalité objective. Vous faites comme quand vous étiez enfant, votre fantasme vous permet de garder intactes des images agréables et vous les utilisez alors pour apporter une solution à un problème relationnel avec votre entourage. Vous essayez, grâce à vos fantasmes, de venir à bout de vos sentiments contradictoires : est-il possible que cet autre en face de vous devienne ou soit si mauvais ? Face aux parents, l’enfant scinde les images de la mère en deux, puis, plus tard, dans ses jeux, il scindera sa propre image. L’enfant s’exerce ainsi au dédoublement de personnalité, et une fois devenu adulte, il continuera à utiliser les mêmes mécanismes. Vous utilisez ainsi les fantasmes soit pour vous protéger, soit pour vous consolider. L’enfant qui joue au Jedi s’identifie positivement et cherche à s’inscrire sur ce mode dans une histoire relationnelle au monde. L’enfant recherche ainsi un système positif d’appropriation de la réalité. Bettelheim, chercheur et pédagogue éminent, a ajouté à cet égard : « Ayant acquis un Moi dont il peut être fier sans équivoque, il peut commencer lentement à accepter l’idée que son Moi peut également contenir certains aspects d’une nature plus douteuse. »

Le comportement défensif - qui constitue la troisième fonction du fantasme - est absolument nécessaire tant que vous ne disposez pas d’une autonomie suffisante pour résoudre vos tensions liées à vos frustrations. De fait, quand certains fantasmes ne sont pas réalisables, cette fonction porte en elle la dimension soit pathologique du fantasme, soit du fantasme compensatoire. Le procédé de défense et de régulation, s’il n’est en son temps abandonné, en perdurant, utilisera un système auto-leurrant pour maintenir la relation hors de la réalité. Dès lors, la tentative illusoire de la réalisation hallucinatoire du désir ne servira qu’à se tenir à distance de la réalité.

Le fantasme, qu’il soit collectif ou individuel, surgit dans l’être sous différentes formes. Il force aussi bien l’individu que le groupe social à s’interroger sur sa nature. Il est mouvance dans l’inconscient produisant en permanence des images. Celles-ci peuvent éclairer le passé : ce sont les mythes fondateurs. Pour Freud, l’enfant grâce aux fantasmes originaires, tente de décoder le roman familial et “la juste place de qui s’y trouve”. Ces fantasmes décrivent l’origine du sujet (fantasme de scène primitive), la différenciation sexuelle (fantasme de castration) et la vie sexuelle (fantasme de séduction). Pour Jung, des schémas héréditaires - les archétypes - rendent possibles la perception du monde et sa mentalisation. Cette transmission héréditaire correspond à la capacité à évoquer tel ou tel élément du patrimoine représentatif. Universelles, intemporelles, ces images prennent le nom d’inconscient collectif. Ce sont de véritables fantasmes originels ; ils se projettent comme tout ce qui est inconscient et vous montrent le chemin à emprunter, guidant ainsi vos choix.

La pulsion est-elle originelle ? Ou est-elle la réponse à un besoin ?
Dans le premier cas, il faut considérer une accumulation énergétique, suivie de décharges énergétiques. La satisfaction des besoins comme se nourrir, dormir, boire, se reproduire, n’aurait comme fonction que d’assurer uniquement les énergies nécessaires pour la production de la pulsion. Nous sommes dans une dimension biologique. L’instinct serait alors le comportement répondant à cette finalité.

Besoin > Pulsion > Action (boire)

Dans le second cas la pulsion serait la réponse énergétique à un désir, lui permettant sa réalisation. Nous sommes dans une dimension anthropologique. Qu’est donc un sujet désirant ? Freud explique que le désir naît du manque. Si nous restions enfermés dans ce concept, nous accepterions l’hégémonie du manque. René Girard caractérise le désir mimétique en ces termes « je veux ce que l’autre possède ». Le désir est aussi en relation avec une jouissance anticipée. Ce que recherche le désir n’est pas un objet en tant que tel, mais un objet lui permettant la réalisation de la jouissance attendue. Désir > Pulsion > Action > réalisation du désir

Nous voyons bien la différence qu’il y a entre le besoin de manger (instinct) et le choix de l’aliment (désir), la perversion étant, quant à elle, le mécanisme qui permet de transformer l’instinct de manger grâce à une forme d’érotisation qui mène à la gastronomie. L’instinct appartiendrait à l’inconscient collectif, le désir à l’inconscient individuel.

Si nous partons de l’hypothèse suivante : le besoin, lié à l’instinct, insatisfait, aura tendance à se transformer en désir. En effet, ce dernier offre la possibilité du choix de le réaliser ou non. Le sujet peut annuler l’exigence du besoin ou opérer une transformation (sublimation, formation réactionnelle). A partir du désir, des représentations mentales vont se mettre en place : les fantasmes.

Le nouveau schéma se présente comme suit :

Besoin > Désir > Pulsion > Fantasme > Mise en Acte (réalisation du désir)

Le fantasme s’interpose entre la pulsion et sa réalisation. Il est chargé des expériences passées, donc en relation avec les souvenirs. Quand le schéma ne peut pas se mettre en place harmonieusement, les fantasmes et les symptômes vont devenir un système de dialogue avec l’autre et le monde extérieur. Le fantasme devient une mise en scène d’un désir qui ne peut se réaliser. Le symptôme va permettre une forme d’accomplissement du désir. Le symptôme devient la transcription dans la réalité du fantasme, opération qui sera augmentée par les symboles présents dans le monde extérieur.

Que se passe-t-il quand la pulsion née du désir émerge et qu’il n’y a pas d’interdit ?

Mise en acte (réalisation harmonieuse du désir)

Besoin > Désir > Pulsion > Fantasme > Mise en Acte
Pierre-Edouard a soif (besoin) et a envie de faire l’amour (besoin) ; il anticipe la jouissance (désir), la pulsion se met en place et entraîne le fantasme (il imagine un grand vin, le canapé de son salon) et il se met dans l’action (il va à la cave et prend une bouteille de Chassagne Montrachet) ; il l’ouvre, allume des bougies dans le salon, créant ainsi la scène de la réalisation de ses fantasmes. Puis, il va chercher sa femme, boit avec elle le bourgogne blanc et lui fait l’amour dans le canapé devant la cheminée (mise en acte et réalisation des désirs).

Que se passe-t-il quand il y a un interdit qui se met en place ?
Le schéma se construit en fonction des choix de l’individu et/ou de sa structure :

I - Soit l’interdit ne permet même pas l’accès conscient aux fantasmes - ce qui n’est pas rare dans les névroses et les formations réactionnelles - et vous comprendrez, quand c’est le cas, l’intérêt sur un plan stratégique d’aider la prise de conscience des fantasmes :

1/ Refoulement (névrose)
Besoin > Désir > Pulsion // Interdit > Refoulement > Symptôme névrotique > réorganisation du fantasme èaction dérivée
Pierre-Edouard a besoin de boire et faire l’amour, le désir non conscientisé se met en place entraînant une pulsion, mais le fantasme, comme chez tous les névrosés, est interdit. Il se situe donc bien en aval du symptôme, le conflit va devenir intrapsychique. Pierre-Edouard va avoir des brûlures d’estomac, une diarrhée et des céphalées (les symptômes). Il va se dire qu’il est toujours malade, qu’il n’a pas de chance dans la vie, que c’était déjà comme ça dans son enfance (réorganisation du fantasme) et il va se mettre au lit devant la télévision en demandant à sa femme de le soigner (action déviée).

2/ Mise en place d’une formation réactionnelle
Besoin > Désir // Interdit > Refoulement > Formation réactionnelle
Pierre-Edouard, qui n’arrive pas à faire l’amour avec sa femme, a des désirs inconscients pour des prostituées ; les interdits éducatifs vont entraîner un refoulement. Il va décider de créer une association d’aide aux prostituées et de lutte contre la prostitution.
La formation réactionnelle est le résultat de la transformation d'un trait de caractère en un autre, mieux admis sur le plan socioculturel. En général, un trait de caractère issu d'une formation réactionnelle se différenciera par son inversion à ceux dont l’individu cherche à se défaire et par son apparence excessive.

Ainsi, vous pouvez constater que chez les personnalités névrotiques, l’interdit se place avant la prise de conscience du fantasme ; il en ressort que le névrosé aura plutôt tendance à utiliser les formations réactionnelles. Les comportements névrotiques et/ou les symptômes apparaîtront comme tentative d’exprimer le fantasme inconscient au monde extérieur.

Nous allons voir que chez les personnalités à tendance psychotique et/ou perverse, l’interdit se manifeste après l’émergence du fantasme ; la personnalité psychotique aura plutôt tendance à sublimer, la personnalité perverse aura plutôt tendance à transgresser. L'objet que produit une formation réactionnelle induit une frustration.

II - Soit l’accès aux fantasmes est quand même possible, malgré l’interdit :
1/ Passage à l’acte dans le cadre de la transgression (perversion)
Besoin > Désir > Pulsion > Fantasme// Interdit > Transgression > Passage à l’acte

2/ Sublimation
Besoin > Désir > Pulsion > Fantasme // Interdit > Sublimation

Pour une meilleure compréhension, nous nous appliquerons à illustrer ces schémas un peu plus loin avec le cas clinique d’Emmanuelle.

Revenons à la sublimation : nous allons tenter de soulever l’hypothèse qu’il n’y a pas de sublimation avec les exemples qui vont suivre ; à travers la sublimation vont se mettre en place, soit des formations réactionnelles, soit des transgressions.

La sublimation est la capacité de satisfaire la pulsion sans atteindre le but originel comme la production d'activités socialement valorisées (création artistique, sport, activités intellectuelles).

Notre évolution personnelle dépend de notre capacité à mettre en acte de façon harmonieuse, ou à sublimer nos désirs réprimés. Toute répression, toute censure, tout interdit exagéré bloquent inutilement la croissance de l’être humain. La liberté d’expression et de réalisation des désirs a une fonction biologique et sociale positive.

Il découle de ces schémas la compréhension des fantasmes, leur analyse et la stratégie thérapeutique. Notre stratégie thérapeutique choisira des tactiques qui opèrent à plusieurs niveaux.

Ainsi, nous pouvons déterminer plusieurs catégories de fantasmes :

1/ les fantasmes liés aux désirs, les fantasmes sexuels, les fantasmes défensifs, les fantasmes qui servent de compromis et les fantasmes inconscients.

2/ Les trois grandes classes de fantasmes : les fantasmes délirants des noyaux psychotiques, les fantasmes inconscients des névrosés et les fantasmes conscients des pervers.

3/ Les 4 fantasmes liés aux origines : les fantasmes d’abandon et les fantasmes qui décrivent l’origine du sujet (fantasme de scène primitive), la différenciation sexuelle (fantasme de castration) et la vie sexuelle (fantasme de séduction).

4/Les fantasmes de la mère pendant les périodes ante-œdipienne, œdipienne et post-œdipienne, si dans l'Inconscient de la mère concernant le désir, on trouve :
un déni de fécondation, l'enfant sera autiste ;
des Fantasmes de parthénogenèse : « l'objet de mon désir c'est moi », l'enfant sera délirant ;
une absence de fonction phallique, l'enfant présentera une psychose fusionnelle symbiotique ;
quelque chose s'est passé, l'enfant aura des troubles de l’identité sexuelle ;
ce quelque chose fait appel à un objet qui n'est pas porté par le père, l'enfant sera pervers ;
cet objet phallique, le père l'a pour la mère, l'enfant sera névrosé ;

Qu’ils soient oraux, boulimiques ou anorexiques, cachant le cannibalisme et le vampirisme, qu’ils soient anaux, avec leur versant sadomasochiste, qu’ils soient prégénitaux, avec leur composante triangulaire, vos fantasmes et vos fantasmes sexuels choisissent toujours un scénario chargé de sens, plus que ce que la structure névrotique ne peut en accepter. Les fantasmes sexuels, en fonction de votre histoire d’enfance, vont puiser dans les différentes phases (oral, anal et triangulaire) les images anciennes dont ils vont se servir.

Les fantasmes de l’oralité visent à posséder l’autre. Cela se traduit par la possessivité, la dévoration, le cannibalisme, le vampirisme, l’absorption, la jalousie, la boulimie, l’anorexie, la kleptomanie, les toxicomanies, l'incorporation (sexualité addictive), les fantasmes d'abandon et de fusion, l'effraction et la destruction sur un mode agressif (les fantasmes de viol prennent leur place ici dans leur dimension destructive, les fantasmes de viol dans l’analité ont plus une composante de contrôler l’objet qui se soumet). Quand vous régressez à la phase orale, dans votre crainte de perdre l’objet et dans l’insatisfaction de vos besoins, vous risquez de rentrer dans la rage. Nous vous rappelons que la rage est l’impuissance à obtenir satisfaction à ses besoins, qu’ils soient oraux ou génitaux, elle est destructrice et sans espoir. Ainsi, mordre, griffer, déchirer, détruire, sont des fantasmes appartenant plus à la fin de votre période orale. Les fantasmes utilisant les souvenirs des soins vont se mettre en scène (lavement, piqûre, nursing…). Dans votre représentation orale du monde et de l’homme au sein de votre imaginaire, il est nécessaire de vous rappeler que, dans l’univers dont vous faites intrinsèquement partie, vous appartenez à la catégorie des dévorateurs/prédateurs. Vous devez vous nourrir en prélevant ce dont vous avez besoin soit dans la flore, soit dans la faune. Si, pendant des millénaires, vous avez été traqués par les grands prédateurs, aujourd’hui vous êtes toujours à la merci d’innombrables espèces microbiennes, virales et mycologiques. Dans vos systèmes socioculturels vous subissez une prédation bien plus pernicieuse. Vous êtes dévorés et vampirisés par les systèmes sociaux, économiques, familiaux et culturels et par les parasitages affectifs qui absorbent vos émotions. Aujourd’hui, à travers ses fantasmes de toute-puissance et sa rage orale, l’homme prédateur se transforme en homme destructeur de tout ce qui l’entoure, dans sa rage il en détruit la “terre” qui l’héberge et le nourrit !

Les fantasmes de l’analité engendrent les relations sadomasochistes et de domination/soumission. Les fantasmes s’orientent plus vers l’utilisation de fouet, cravache, martinet, fessées, bougies, godemichés, liens, mais aussi tout ce qui touche aux excréments. Les fantasmes de la première phase, en rapport avec vos peurs de perdre l’objet d’amour vous entraînent vers la colère et la violence physique, violence dirigée sur l’objet d’amour. Les fantasmes de la deuxième phase vous poussent, toujours face à vos peurs de perdre l’objet d’amour, à tenter de prendre le contrôle de l’objet en le manipulant ; votre violence s’exprime plus au travers de la violence psychologique et des pulsions d’emprise, elles sont aussi dirigées sur l’objet d’amour.
Les fantasmes de l’analité de la deuxième phase sont plus orientés vers la prise de contrôle de l’objet. Ici, votre possessivité se met en scène avec des jeux qui utilisent les liens (bondage), les marques temporaires (fouet ou éjaculation faciale) ou plus ou moins définitives (les colliers, tatouages, piercings, bijoux…) et les rapports sexuels imposés.

Les fantasmes de la phase Œdipienne (triangulaire) font appel bien entendu à un troisième objet. Les fantasmes se matérialisent dans le voyeurisme, l’exhibitionnisme, les rapports extraconjugaux, le fétichisme, le triolisme, l’échangisme, le mélangisme, la zoophilie, la prostitution pour des raisons autres que financières, l’argent occupant une place d’objet important.

Le terme “fétiche”, introduit en France en 1760 par Charles de Brosses, ethnographe et linguiste, dérive du portugais feitico et signifie “poupée, objet-fée, maléfice”. A l’origine, le fétichisme est une forme d’idolâtrie d'un objet inanimé ou animé, dans le cadre d'une pratique mystique ou religieuse (objets, feu, fleuves, animaux, arbres, pierres, qu’ils soient vécus comme bénéfiques ou maléfiques). Les fétiches peuvent vous protéger ou vous aider. De fait, les fétiches qui assurent une protection contre différents dangers et les fétiches qui exorcisent les peurs n'ont toujours pas disparu. Le fétichisme est une préférence sexuelle se manifestant par un attachement érotique, soit à des vêtements (chaussure féminine, sous-vêtement, mouchoir, gants...), soit à une partie déterminée du corps (cheveux, pieds, mains...) ou à une sensation (une odeur, une qualité tactile). Il a une signification symbolique et semble lié aux premiers émois sexuels de l’enfant. Le fétichiste a donc besoin de contempler ou d’imaginer l’objet ou la partie du corps pour obtenir l’érection et la satisfaction sexuelle. Le fétichisme se rencontre un peu plus chez les hommes. L’objet du fétichisme peut toujours s’analyser. Prenons un exemple : si vous portez des cuirs plutôt doux, souples et colorés, cela ferait ressortir votre sensualité, une forme de soumission, si au contraire vous portez des cuirs épais de couleur sombre style « Dress Code » donc noirs, vous laisserez plus apparaître votre puissance, votre sadisme et votre besoin de dominer. La cravache, les bottes sont aussi des symboles de puissance et de sadisme. Les bottes atteignant les genoux reflètent le caractère sauvage, le sadisme et la domination. Le fétichisme s’explique de plusieurs façons. Vous pouvez devenir fétichiste parce que, très jeune, vous avez été en contact avec des objets qui vous ont stimulé sexuellement. Une de vos premières émotions sexuelles conserve le souvenir de l'objet ou de la personne qui l'a provoquée et donc plus tard va continuer à agir comme un déclencheur ou catalyseur de l'excitation sexuelle. Le fétiche, qui peut revêtir des valeurs symboliques différentes, doit donc être là soit sur un mode fantasmatique, soit dans la réalité. Le fétichisme est aussi dans certains cas en rapport avec l’angoisse de castration, ce moment où, à l’émergence de la génitalité, l’enfant est confronté au danger de la castration. Ici, il me paraît nécessaire de dire que l’angoisse de castration dépasse de loin la simple thèse freudienne de l’angoisse de l’enfant qui découvre la femme comme ayant été amputée de pénis. La castration devrait s’entendre comme cet interdit que pose un des deux parents dominateurs et castrateurs face aux désirs de l’enfant, sans possibilité pour lui d’investir ce désir dans le monde extérieur. La castration au moment de la période Œdipienne touche aussi bien la petite fille que le petit garçon. Ainsi, face à l’insupportable absence de pénis, le fétiche n’est pas là comme un substitut destiné à combler le manque, mais comme un élément conjuratoire qui protège du risque de la castration des désirs et de l’image projetée sur le ou la partenaire.

Sur les fantasmes sexuels
Une différence est faite entre fantasmes et fantaisies érotiques. Les fantaisies érotiques (images fugitives, rêves éveillés, scénarios érotiques) utilisent des images pour obtenir de façon imaginaire des satisfactions parfois difficiles à réaliser dans la réalité. En effet, tous les fantasmes ne sont pas réalisables. Pour que le désir sexuel ne s’éteigne pas, il a besoin en plus du plaisir obtenu lors des rapports sexuels, de stimulants imaginaires. Les fantasmes et les fantaisies érotiques entretiennent le désir sexuel, canalisent les désirs “fous”, permettent le jeu avec l’impossible et l’invraisemblable et compensent les manques de réalité. Ils sont nécessaires à l’équilibre psychosexuel, car ils diminuent la frustration. Les fantasmes font partie de la vie sexuelle et même de la vie tout simplement. En clair, ils entretiennent le désir sexuel.
Les fantasmes sexuels se constituent à partir des éléments suivants : souvenirs érotiques d’enfance ayant entraîné du plaisir, interdits éducatifs et socioculturels, souvenirs de sensations ou même de traumatismes sexuels ayant entraîné une émotion sexuelle trop forte à un âge où l’enfant était incapable de l’intégrer, attitude des parents vis-à-vis du corps, de la sensualité ou de la sexualité, par exemple de la nudité, perception consciente ou inconsciente que l’enfant a de la sexualité de ses parents.
Dans votre vie de tous les jours, vous pouvez ressentir une excitation sexuelle et un désir, lorsque vos sens sont mis en éveil (l’ouïe : une parole, le timbre d’une voix, une intonation, les mots employés ; l’odorat : un parfum, une odeur quelle qu’elle soit, des senteurs ; la vue : les yeux bleus d’une femme ou d’un homme, une moustache, un décolleté, la forme d’une poitrine, une cuisse découverte par une jupe fendue ; le toucher et le goût qui sont aussi des aspects significatifs à prendre en compte : un tissu de soie, une fourrure, etc.)
Les fantasmes érotiques, qui sont à la fois cause et conséquence du bon fonctionnement de la sexualité, sont le reflet de l’érotisme individuel (Marine Dietrich in les Cahiers de Sexologie Clinique). Les fantasmes, compromis entre la réalité extérieure et les désirs intérieurs, donnent une indication sur le degré d’adaptation qui existe entre un passé non satisfaisant, un présent inadéquat et un futur incertain.

Les fantasmes  font-ils partie d’un univers hors normes ?
La normalité morale : « il est moralement bon ou mauvais d’encourager certains comportements sexuels, selon qu’on accepte de donner un sens à la sexualité hors du couple constitué et d’une finalité procréative. »
La normalité psychologique : « la sexualité est naturellement acceptable quand le sujet s’y sent à l’aise, quand il y a plus de joie que de culpabilité. »
La normalité sexuelle du couple : « elle reflète la convergence des deux normes individuelles et la réalisation des fantasmes dans un cadre harmonieux. »

Quelques chiffres et statistiques
1987 : 96,87 % des hommes et 97,60 % des femmes ont des fantasmes ;
2000 : 98 % des hommes et 97 % des femmes interrogés reconnaissent avoir des fantasmes.
L’essentiel des notions abordées dans cette partie repose sur les recherches réalisées pour ma thèse de médecine (Fantasmes et Perversions), suite à l’émission « Santé à la Une » avec Anne Barrère et Roger Namias, et avec la collaboration de l’Ordre National des Sexologues. Malgré le nombre de personnes concernées, très peu de livres sur le couple abordent la vie fantasmatique des femmes et des hommes. Seuls quelques ouvrages écrits par des sexologues osent parler de ces “choses-là”. Et encore, le sujet continue de rester très tabou.
En consultation, face à l’idée de parler des “sous-vêtements” de leur âme, les patients affichent souvent un regard interrogatif, voire totalement inquiet. Et cet air confondu, n’est pas réservé aux novices. Pour ceux qui ont déjà suivi une thérapie, peu ont eu l’occasion d’explorer cette partie-là de leur être. Soit parce que leur thérapeute les a convaincus qu’ils n’étaient pas là pour “ça”, soit parce qu’il a carrément évincé le sujet lors des séances. La raison ? Sans doute le fait que, peu de sexologues, thérapeutes, psychologues ou psychiatres aient fait eux-mêmes ce travail thérapeutique. Un constat s’impose : au cours des séminaires professionnels, on observe toujours un malaise quand le sujet vient à être abordé.
Pour autant, s’affranchir de tout discours sur la question est regrettable car il est très important, au contraire, d’avoir accès à ce monde de désir.

Des chiffres et des fantasmes :
Il est particulièrement difficile de mener une enquête précise dans les domaines qui touchent la sexualité. D’une part, parce que les personnes interrogées sont souvent trop soucieuses de “bien” répondre. D’autre part, parce que les questions ne permettent pas d’appréhender correctement le monde fantasmatique. A titre d’exemple, dans l’enquête menée en 1987 avec Marine Dietrich (Les fantasmes, Editions de la Louvière), nous avions été surpris de constater que les fantasmes de triolisme et l’essai (confirmé ou non) de l’échangisme concernait moins de 20 % des couples interrogés. En approfondissant le sujet, avec l’aide des thérapeutes de la Fédération Française des Thérapeutes et de l’Ordre National des Sexologues, les personnes soi-disant « pas du tout concernées par le problème » affirmaient avoir déjà eu des fantasmes évoquant des rapports avec plusieurs personnes à la fois (équivalent à de l’échangisme) ou avoir fait l’expérience d’une relation à plusieurs un soir de fête. Un moment festif - qui concernait à présent 42 % des hommes et 51 % des femmes - mais rien à voir selon eux, avec de l’échangisme ou du triolisme. Aujourd’hui, la pratique ouverte en cercles intimes ou clubs, pour l’échangisme, concerne 19 % des messieurs et 16 % des dames. Une réalité peu reconnue en ces termes, puisque parler “d’échangisme” ou de “triolisme” reste encore frappé de jugement de valeur péjoratif. Ce ne sont d’ailleurs pas les seuls à être bannis du langage politiquement correct. En réalité, on condamne tous les comportements qui tendent à s’éloigner de la sexualité génitale, à savoir le rapport avec pénétration vaginale, baisers et caresses mutuelles. Toutes les conduites qui s’en écartent sont à rattacher à la sexualité prégénitale et sont appelées de façon générale “perversions”. Au début du XXème siècle, « perversion » s’entendait comme “anomalie du comportement sexuel”. Dans le DSM I - Diagnostic and Statistical Manual (1952) - apparaissait pour la première fois l’expression « perversions sexuelles ». Mais à l’époque, celle-ci était synonyme de “péché” avec tout ce que ce mot pouvait réveiller dans l’imaginaire et la morale puritaine. En 1980, on retrouve cette locution dans le DSM III, répertoriée sous les troubles psycho-sexuels qui concernent tous les troubles de l’identité de genres et les paraphilies (para - déviation - étant le chemin sur lequel l’individu est attiré). Cette catégorie recouvre : le fétichisme, la pédophilie, l’exhibitionnisme, le voyeurisme, le sadisme, le masochisme, la zoophilie, la coprophilie, la nécrophilie, la mysophilie, la scatologie, l’urologie... Aujourd’hui, parler de perversion pour qualifier des sexualités dites “différentes” de celles considérées comme “saines” ou “normatives”, paraît trop fort. En psychologie, ce mot ne dérange pas puisqu’il n’est pas connoté d’une valeur négative. L’homme est un pervers, dans la mesure où son imagination et sa créativité l’amènent à détourner de leur finalité certains comportements. Par exemple, la recherche du plaisir dans les rapports sexuels est une “perversion” puisque, et de nombreux auteurs le soulignent, la sexualité “normative” n’a pour but que la procréation. Les cultures et la psychologie ont d’immenses difficultés à décider avec certitude de ce qui est “normal” et de ce qui est “pervers”.
Dans la pratique, on dira que tous les scénarios au cours desquels se réalisent les fantasmes semblent admissibles. Ils ne sont pas condamnables s’ils s’exercent dans le respect le plus profond de chacun et s’ils mènent à la satisfaction des partenaires.

Pour les inconditionnels de statistiques, voici le tour des fantasmes en quelques chiffres. L’occasion peut-être de se tester sans tricher :
Avez-vous déjà fantasmé des rapports avec un(e) autre partenaire ?
Hommes : 68 % et Femmes : 70 %
Vous imaginez-vous parfois dans le rôle du voyeur ?
Hommes : 69 % et Femmes : 39 %
Ou au contraire, dans la peau d’un exhibitionniste ?
Hommes : 19 % et Femmes : 52 %
Avez-vous déjà joué à des jeux sado/maso ?
Hommes : 48 % et Femmes : 51 %
Sentez-vous de l’agressivité dans vos rapports sexuels ?
Hommes : 65 % et Femmes : 52 %
Etes-vous fétichiste ?
Hommes : 35 % et Femmes : 14 %
Le fantasme de la prostitution : il s’agit d’un fantasme typiquement féminin que l'on retrouve plus fréquemment que le fantasme de viol. Cette partie ne prend pas en considération le cas des femmes qui se font violer par leur mari, qui acceptent l'acte sexuel sans désir, pour avoir la paix, par dépendance ou devoir conjugal (prostitution conjugale).
Quelques chiffres intéressants de l'enquête portant sur 1280 femmes :
- 62 % ont des fantasmes de prostitution
- 55 % fantasment sur des rapports sexuels imposés
- Dans ces 55 %, seulement 1/3 fantasment un viol élaboré sous forme de jeu non violent
- 53 % fantasment d'être exhibées en public
- 34 % affirment pratiquer, lors des scénarios érotiques, des jeux où elles incarnent une “pute” en lingerie (guêpière, bas, porte-jarretelles...) ou en cuir.

La prostitution est un métier (Irma la Douce, Rosa la Rose, Angel...), les call-girls et les escort-girls (Le cadeau, Madame Claude, Le téléphone rose, La femme flambée...) la pratiquent différemment. Beaucoup de femmes ont des fantasmes de prostitution, certaines les passent à l’acte pour des raisons autres que financières.
Vendre son corps, l'échanger, séduire constitue un des fantasmes féminins. Il répond aussi à celui tout à fait masculin « de posséder celle qui répondra à ses fantasmes ». Certaines de ces femmes se vendent réellement ou symboliquement depuis leur adolescence, d'autres après quelques mois ou quelques années de mariage. Elles espèrent toutes changer de vie, “jouer un autre rôle” que celui qu'elles occupent habituellement au sein de leur famille ou de leur milieu socioprofessionnel. Dans ce jeu “prostitutionnel”, elles changent de personnage, trouvent une nouvelle identité (sorte de dédoublement de personnalité). Dans cette nouvelle “peau”, elles se permettent ce qu'elles n'oseraient pas vivre en tant que mères de famille. Une de nos patientes qui était Call-girl pour des raisons autres que financières reconnaissait que le prix qu’elle pratiquait lui avait permis de restaurer son image narcissique. Lors d’une séance, elle expliqua : « je sais que je joue un rôle, j’apprends à devenir le miroir des fantasmes des hommes et au-delà de ce qu’ils possèdent en m’achetant, je sens que c’est moi qui ai le pouvoir, même quand certains sont sadiques avec moi ».
Pour les hommes, la prostitution est plus utilisée dans sa fonction directe. La fonction sociale de la “courtisane” consiste à faire ce que l'épouse, la “femme honnête” ne peut pas se permettre.

Les fantasmes sont-ils réalisables ?

Les fantasmes et leurs pratiques appartiennent au monde du pervers. Plus ils présentent des traits d’avancement vers les fantasmes œdipiens, plus l’individu peut être considéré comme mature. Bien entendu, plus l’évolution est importante, plus l’ensemble de la palette des fantasmes et des pratiques va être utilisé. Les fantasmes pervers représentent une partie du système inconscient très vaste. Ils sont l’expression d’une tentative de résolution de la problématique œdipienne et de l'angoisse de castration. Dans la névrose, les fantasmes sont refoulés et entraînent une souffrance alors que, dans la perversion, les pulsions s'expriment avec plaisir.

Dans la perversion, les pulsions ne sont ni refoulées, ni sublimées. Cela peut venir soit de l’imperfection d’une structure du Surmoi chez les immatures, soit de l’inutilisation volontaire de la répression chez les matures. Dans ce dernier cas de figure, le pervers vit ses fantasmes. Il n'ignore pas la Loi, il la transgresse et évite le refoulement. Le pervers mature accède à la génitalité mûre tout en conservant ses jeux prégénitaux. La jouissance de l'autre n'est pas un problème pour le pervers, puisqu'il sait parfaitement comment s’y prendre. Il dispose et joue du savoir de la jouissance de l'autre. Il s'offre à son partenaire en se servant de l'image phallique. Il jouit par l'intermédiaire du plaisir de l’autre. En termes psy, on dit que le pervers sait mieux que le névrosé quoi faire de l'Objet. Il réalise la jouissance de l'autre, jouissance qui, pour le névrosé, est réalisée par le père.

« La réalisation des fantasmes en couple correspond à une certaine forme de liberté et d'érotisme. C’est un critère de bonne santé, mais à une condition : respecter la liberté de l'autre et l'accession à un plaisir partagé. » (Marine Dietrich)
Quand les fantasmes sexuels sont rejetés ou mal gérés, ils envahissent tous les domaines de votre vie. On les voit apparaître sous une forme larvée ou symbolique dans le harcèlement domestique, en entreprise et en institution. Un homme qui ressent par exemple, des fantasmes de fessées et qui vit avec une femme dominatrice et castratrice, cherchera hors de son couple, la possibilité de les assouvir. Cela pourra se faire sous une forme harcelante dans son cadre professionnel, en devenant pourquoi pas le dominateur de sa secrétaire.
L’éducation et la religion jouent un rôle important dans la manière dont l’enfant, puis l’adulte, gère ses fantasmes. Les grandes répliques du type « Tu as péché par pensée » ou « Dieu voit tout » apparaissent comme de redoutables empreintes manipulatoires de la religion judéo-chrétienne. Pour comprendre les effets de ces grandes “vérités”, livrez-vous à cette petite expérience : prenez un petit garçon de 4 ans, une sœur d’un an son aînée et des parents soucieux d’élever leurs enfants dans les valeurs religieuses. Une famille sans problème apparent, enfin sauf pour le petit garçon qui trouve que sa maman s’occupe beaucoup plus de sa sœur que de lui. Il est très jaloux. Un sentiment normal, sauf dans notre petite famille où les parents aiment à répéter  que : « le petit jésus est très content de savoir que vous êtes de gentils enfants ». Avec ce type de phrases, l’enfant sait qu’il ne peut exprimer sa jalousie. Il se retrouve muselé avec sa pensée honteuse.
Dans cette situation, que pensez-vous qu’il advienne ? Qu’il va finir par se convaincre de ne plus être envieux ou faire comme si de rien n’était ? Certainement pas car, dans ce cas, les psy n’existeraient pas. En fait, il va comme dans l’exemple précédent, chercher à exprimer son ressenti. Comme il n’est pas autorisé à le faire directement, il laissera passer du temps, jusqu’au jour où, exténué, il craquera. Cela pourra se traduire verbalement, en hurlant devant ses parents, de préférence, une phrase du type : « Elle n’est pas belle ma sœur, elle crie tout le temps, me prend tous mes jouets, je la déteste ! ». Ou bien, il passera à l’acte, en laissant subtilement tomber un de ses jouets sur la tête de sa sœur. Soit enfin, il fera une bêtise en lui rejetant la faute sur elle.
Moralité : l’enfant parvient, par une manière détournée, à satisfaire son fantasme.

Est-il normal d'avoir des fantasmes ?
La sexualité est un plaisir très raffiné. Le risque de routine dans la vie d'un couple est un aspect non négligeable, alors ne vous privez pas de ces fantasmes qui ouvrent les voies du plaisir en apportant à l'acte sexuel un ensemble d'excitations nouvelles, fortes en sensations et en images.
La sexualité et le désir ont besoin d'être agrémentés de mystères, de jeux et d'interdits à transgresser. Faire des “choses” plus ou moins interdites augmente fortement l'excitation. La peur associée à cette transgression a également un effet positif. Par exemple, un enfant prend plus de plaisir à manger une pomme qu'il a du mal à dérober en grimpant sur l'arbre du voisin. Et une femme est plus excitée en faisant l'amour dans un parking au risque d'être vue, que tranquillement dans sa chambre. Mais la peur peut a contrario, avoir un effet négatif et bloquer la personne qui ne se sent pas bien dans une situation inhabituelle. Ainsi, un homme, qui a toujours eu le fantasme de faire l'amour à une hôtesse de l'air peut, le jour venu, se trouver dans l’impossibilité de réaliser son désir. Il n'arrive pas à avoir d'érection, alors que la belle se montre prête et soulève sa jupe. Le fantasme de faire l’amour au bureau peut également être une situation trop forte, entraînant la perte de moyens et… d’érection !
A vouloir refouler ou réprimer leurs fantasmes, nos patients voient leur sexualité s'inhiber, leurs désirs diminuer ou même des déséquilibres d'ordre psychologique apparaître.
Le sexologue, lors d'une consultation, va être amené à rechercher et à décrypter les fantasmes négatifs. Une fois ce travail effectué, le partenaire capable ensuite de les entendre pourra les partager dans son couple. Cela permet d’une part de pimenter la vie sexuelle, et d’autre part, de ne pas rester en permanence fixé sur ces pensées érotiques. Car faire l’amour en pensant systématiquement à ses fantasmes, risque de faire entrer l’un des conjoints dans une sorte de conduite auto-érotique qui le couperait de la réalité. Dire ses fantasmes peut amener un des deux partenaires à vouloir les réaliser, mais ils ne doivent jamais être imposés. Et en matière de limites, tout est une question d’individu. Prenons l’exemple de ce couple de médecins que j’ai eu l’occasion de suivre en thérapie. La femme aimait, une fois tous les trimestres, que son mari lui organise une petite fête à la maison. Il faisait venir deux hommes ou trois qu’ils connaissaient pour les regarder étreindre son épouse. Elle aimait que cela se passe avec une vulgarité verbale, une certaine forme de contrainte. Son mari devait uniquement regarder. A la fin, les hommes devaient partir rapidement, elle ne voulait surtout plus les voir. Plus tard, elle appréciait assez, lors des rapports sexuels avec son mari cette fois, qu’il lui raconte tout ce qu’il avait vu. Le couple s’entendait très bien, leur complicité et leur amour était de très grande qualité. Ce qui est intéressant à souligner, c’est la réaction de l’épouse lorsque son mari lui demanda un soir, s’il pouvait lui faire l’amour en l’attachant et en lui bandant les yeux. Elle répondit : « Non, mais pour qui tu me prends ! ». Une réaction qui peut paraître surprenante, mais qui révèle parfaitement les frontières de chacun.

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